Florence Lallement
Responsable de projets — France Muséums (Louvre Abu Dhabi)
Ex Business Manager, Sotheby's · Ancienne collaboratrice, Arter
Tiphaine Gourlay
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Un métier pluridisciplinaire : qu'est-ce que produire une exposition ?
Tiphaine Gourlay
Pour ceux qui sont moins familiers, peux-tu s'il te plait décrire le métier de la production d'expositions temporaires ?
Florence Lallement
En quelques mots : la production d'une exposition est un processus collaboratif et pluridisciplinaire qui consiste à concevoir, organiser et réaliser une exposition, qu'elle soit temporaire, permanente ou itinérante. Elle allie contenu scientifique, mise en espace, logistique, gestion de projet et médiation culturelle.
Produire une exposition, c'est orchestrer une chaîne d'acteurs dont – commissaires, scénographes, régisseurs et prestataires – pour concilier ambition scientifique et culturelle, contraintes logistiques et expérience visiteur, le tout dans un cadre budgétaire et calendaire.
Les principaux acteurs – outre l'établissement hôte de l'exposition – sont les suivants :
Les principaux acteurs d'une production
Le ou la commissaire est garant du concept et du propos scientifique (thématique, sélection des œuvres, contenus écrits).
Le ou la scénographe est responsable de la mise en espace de l'exposition (agencement, mise en vitrine et en lumière). Il ou elle transcrit le propos du commissariat scientifique en un parcours de visite.
Le ou la concepteur.rice audiovisuel, en lien étroit avec le ou la scénographe, traduit le contenu scientifique de façon immersive et ludique, au sein de dispositifs de médiation ambitieux et innovants.
Le ou la responsable de projet orchestre cette relation dans un cadre budgétaire et calendaire assisté de l'expertise de conditionnement des œuvres et de logistique portés par des régisseur.e.s et des experts de la médiation culturelle qui s'assurent que la traduction des propos scientifiques et des gestes scénographiques est adaptée et accessible au public visé.
L'enjeu est de coordonner ces acteurs aux intérêts parfois divergents (ex. : sécurité vs. accessibilité, budget vs. ambition scientifique du commissariat ou artistique de la scénographie, mobilité des œuvres vs. conservation préventive etc.).
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Les quatre phases d'une exposition : du concept au démontage
Tiphaine Gourlay
Merci Florence. Cette pluralité d'acteurs justifie effectivement la nécessité d'un chef d'orchestre, rôle incarné par l'équipe de production. Elle implique également la passation de nombreux marchés et/ou la signature d'un grand nombre de contrats, aux enjeux parfois complexes notamment sur les sujets de sécurité, d'assurance et de propriété intellectuelle, le tout dans des délais contraints.
Sur ce sujet de calendrier, peux-tu, s'il te plait, décrire les différentes phases de la production d'une exposition temporaire et nous donner des indications sur leur durée — même si je sais bien que les délais sont souvent raccourcis ?
Florence Lallement
Les quatre phases
La phase de conception permet la définition des objectifs du projet : d'un point de vue scientifique, par l'élaboration, sous la responsabilité du commissaire, du concept scientifique/artistique qui se matérialise par une note d'intention et par le choix de la liste des œuvres souhaitées ; d'un point de vue technique et de gestion de projet, avec les études de faisabilité (budget prévisionnel, public cible) ; d'un point de vue gouvernance, par des échanges et arbitrages avec l'institution partenaire. Cette phase se clôture généralement par le choix d'un scénographe, qui nécessite l'assistance de juristes soit pour sécuriser la passation du marché soit pour rédiger et négocier le contrat de scénographie, contrat complexe et à fort enjeu.
La phase de préparation valide et planifie les éléments clés : prise de contact et contractualisation avec les prêteurs (les conventions de prêt sont négociées au cas par cas en fonction des exigences des prêteurs) ; choix et contractualisation avec les prestataires impliqués dans le mouvement des œuvres (transport, assurance) ou leur installation (soclage, restauration) ; élaboration du projet scénographique, des outils et des dispositifs de médiation.
La phase de production vise la mise en forme du projet à travers notamment le conditionnement des œuvres (caisses, emballages spécifiques) et la création / fabrication des supports (vitrines, socles, dispositifs multimédias). Cette phase est porteuse de risques en termes de délais de production et de conformité aux attentes des différentes parties prenantes.
La phase de montage inclut le chantier scénographique et l'installation des œuvres : réception des œuvres et vérification de leur état, montage des structures (cimaises, vitrines, éclairages), installation des œuvres sous la supervision de régisseurs, conservateurs ou convoyeurs des musées prêteurs, tests techniques (sécurité, climatisation, dispositifs interactifs). Il s'en suit une séquence d'ouverture avec une inauguration officielle, une phase d'exploitation et en toute fin le démontage de l'exposition et le retour des œuvres prêtées.
« L'ensemble de ces phases implique (i) la signature d'actes juridiques, (ii) le suivi d'équipes de production pour assurer une bonne gestion de projet, (iii) la vérification constante de la conformité avec le projet scientifique porté par le commissaire. »
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Expositions à l'international : logistique, RSE et adaptation culturelle
Tiphaine Gourlay
Quels sont selon toi les enjeux opérationnels spécifiques aux expositions internationales ?
Florence Lallement
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Le juridique, « démineur » de la production d'exposition
Tiphaine Gourlay
Les services de production d'expositions sont souvent, dans les institutions, les plus grands pourvoyeurs de questions juridiques. Nous avons en effet vu que les sujets contractuels sont cruciaux et que les enjeux en matière de responsabilité ou de propriété intellectuelle sont importants. Peux-tu s'il te plait nous dire ce que tu attends de l'accompagnement juridique et quels sont selon toi les sujets prioritaires ?
Florence Lallement
Quatre domaines prioritaires
Pour la négociation des différents contrats avec les prestataires.
Pour la négociation des conventions de prêt.
Pour encadrer d'éventuelles commandes d'œuvres pour l'exposition.
Pour la sécurisation des droits sur les œuvres représentées ou reproduites dans l'exposition et au sein des dispositifs de médiation.
« La fonction juridique est sur papier une fonction support mais son soutien opérationnel du fait de son anticipation, sa réactivité et sa pédagogie est essentiel à toute production d'exposition. »