{"id":1549,"date":"2022-04-21T00:00:00","date_gmt":"2022-04-21T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wan-avocats.com\/zoom-sur-les-circonstances-de-la-condamnation-penale-de-la-societe-deliveroo-pour-travail-dissimule\/"},"modified":"2026-06-26T08:55:13","modified_gmt":"2026-06-26T08:55:13","slug":"zoom-sur-les-circonstances-de-la-condamnation-penale-de-la-societe-deliveroo-pour-travail-dissimule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/zoom-sur-les-circonstances-de-la-condamnation-penale-de-la-societe-deliveroo-pour-travail-dissimule\/","title":{"rendered":"Zoom sur les circonstances de la condamnation penale de la societe Deliveroo pour travail dissimule"},"content":{"rendered":"<p>Le 19 avril dernier, le Tribunal Correctionnel de Paris a condamn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 DELIVEROO \u00e0 une amende de 375 000 \u20ac cumul\u00e9s, \u00e0 la condamnation de deux anciens dirigeants de la plateforme \u00e0 12 mois de prison avec sursis et \u00e0 verser 50 000 \u20ac de dommages et int\u00e9r\u00eats \u00e0 chacune des 5 organisations syndicales de salari\u00e9s qui s\u2019\u00e9taient port\u00e9s parties civiles, pour travail dissimul\u00e9<\/p>\n<p>Dans cette affaire, la plateforme \u2013 comme plusieurs autres plateformes exer\u00e7ant le m\u00eame type d\u2019activit\u00e9 \u2013 employait des livreurs sous le statut \u00ab d\u2019ind\u00e9pendant \u00bb, au motif de l\u2019absence de tout lien de subordination, exon\u00e9ratoire du statut de salari\u00e9<\/p>\n<p>En effet, selon la jurisprudence, l\u2019application du statut de \u00ab salari\u00e9 \u00bb requiert la r\u00e9union de trois crit\u00e8res <\/p>\n<p>Une prestation de travail,Le versement d\u2019une r\u00e9mun\u00e9ration,Un lien de subordination juridique dans l\u2019ex\u00e9cution du travail<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, que les trois conditions sont r\u00e9unies, le contrat de travail existe de plein droit et sans possibilit\u00e9 pour les parties d\u2019en \u00e9carter les effets. Il est en effet de jurisprudence constante que \u00ab l\u2019existence d\u2019une relation de travail, salari\u00e9e ne d\u00e9pend ni de la volont\u00e9 exprim\u00e9e par les parties, ni de la d\u00e9nomination qu\u2019elles ont donn\u00e9e \u00e0 leur convention, mais des conditions de fait dans lesquelles est exerc\u00e9e l\u2019activit\u00e9 des travailleurs \u00bb (Cass Soc, 17 avril 1991, N\u00b088-40.121<\/p>\n<p>Le lien de subordination est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant du contrat de travail, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit du seul crit\u00e8re parmi les trois permettant de le diff\u00e9rencier d&rsquo;autres contrats comportant l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;une prestation r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 DELIVEROO, consid\u00e9rant de l\u2019absence de tout lien de subordination la liant avec ses livreurs, a cru bon de leur appliquer automatiquement le statut d\u2019ind\u00e9pendants<\/p>\n<p>Bien entendu, l\u2019avantage d\u2019un tel statut pour la plateforme est cons\u00e9quent ; outre l\u2019exon\u00e9ration de charges sociales patronales, les ind\u00e9pendants ne sont pas soumis aux r\u00e8gles du Code du travail (tr\u00e8s protectrices des salari\u00e9s)<\/p>\n<p>C\u2019est dans ces conditions que le Tribunal correctionnel de Paris a jug\u00e9 que les livreurs, employ\u00e9s, sous le statut \u00ab d\u2019ind\u00e9pendant \u00bb devaient au contraire relever du statut de salari\u00e9. Pour ce faire, le Tribunal juge que l\u2019existence des trois crit\u00e8res du contrat de travail \u2013 en particulier le lien de subordination &#8211; \u00e9tait \u00e9tablie. Reprenant la d\u00e9finition d\u00e9sormais devenue classique du lien de subordination, elle estime que <\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 DELIVEROO exer\u00e7ait un pouvoir de direction envers les livreurs, en leur donnant des ordres et des directives,La soci\u00e9t\u00e9 DELIVEROO exer\u00e7ait un contr\u00f4le de l\u2019ex\u00e9cution des prestations de ses travailleurs,La soci\u00e9t\u00e9 DELIVEROO sanctionnait les travailleurs en cas de manquements de leur part \u00e0 leurs obligations<\/p>\n<p>Ainsi, le Tribunal correctionnel de Paris a jug\u00e9 que la soci\u00e9t\u00e9 DELIVEROO a volontairement employ\u00e9s des travailleurs sous le statut d\u2019ind\u00e9pendants, alors m\u00eame que les conditions r\u00e9elles de travail justifiaient de leur appliquer le statut de salari\u00e9<\/p>\n<p>Ce faisant, elle s\u2019est, selon le Tribunal, rendue coupable du d\u00e9lit de travail dissimul\u00e9 par dissimulation d&#8217;emploi salari\u00e9, puisque les obligations et d\u00e9marches requises en cas d\u2019emploi de salari\u00e9s (d\u00e9claration d\u2019embauche, paiement de cotisations sociales et d\u00e9livrance de bulletins de salaires par exemple) n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9<\/p>\n<p>Ce jugement intervient dans le sillage de jurisprudences rendues en mati\u00e8re civile ayant d\u00e9j\u00e0 requalifi\u00e9 en CDI les contrats de travail pour les chauffeurs et livreurs de plateformes num\u00e9riques telles que Uber (Cass. Soc. 4 mars 2020, n\u00b0 19-13.316) ou encore Take it Easy (Cass. Soc. 28 novembre 2018 n\u00b0 17-20.079). Cette condamnation au p\u00e9nal est une \u00e9tape de plus dans le for\u00e7age de l\u2019application du statut de salari\u00e9s aux travailleurs des plateformes. Elle est en l\u2019esp\u00e8ce assez s\u00e9v\u00e8re ; l\u2019effet dissuasif pour les plateformes est total ; il sera rappel\u00e9 que le d\u00e9lit de travail dissimul\u00e9 est puni d\u2019un emprisonnement de 3 ans et d\u2019une amende de 45 000 \u20ac pour les personnes physiques, et d\u2019une amende de de 225 000 \u20ac pour les personnes morale<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 19 avril dernier, le Tribunal Correctionnel de Paris a condamn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 DELIVEROO \u00e0 une amende de 375 000 \u20ac cumul\u00e9s, \u00e0 la condamnation de deux anciens dirigeants de la plateforme \u00e0 12 mois de prison avec sursis et \u00e0 verser 50 000 \u20ac de dommages et int\u00e9r\u00eats \u00e0 chacune des 5 organisations syndicales [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":284,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_angie_page":false,"page_builder":"","footnotes":"","_links_to":"","_links_to_target":""},"categories":[1],"tags":[],"annee":[22],"expertise":[30],"class_list":["post-1549","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-le-cabinet","annee-22","expertise-social"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1549","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1549"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1549\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1762,"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1549\/revisions\/1762"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/284"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1549"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1549"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1549"},{"taxonomy":"annee","embeddable":true,"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/annee?post=1549"},{"taxonomy":"expertise","embeddable":true,"href":"https:\/\/wan-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/expertise?post=1549"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}